Des arts plastiques en passant par la musique et la mode, le minimalisme a conquis de nombreux autres domaines. Décryptage d’un état d’esprit qui imprègne désormais nos modes de vie et le web lui-même. Le minimalisme est une tendance qui s’étend d’une toile à l’autre.
 

L’art de la soustraction 

Quand on veut aborder le minimalisme, on ne peut échapper à la célèbre citation de l’architecte Mies Van Der Rohe: Less is more. Héritier du Bauhaus allemand et du courant moderniste, le minimalisme a bouleversé les codes de la peinture et de la sculpture.

Tout commence aux Etats-Unis au début des années soixante. Dans le monde artistique, le pop art et l’expressionnisme abstrait explosent par leur profusion de couleurs, de motifs et de sujets. Le minimalisme est alors apparu comme un contrepoint, un renversement sous la forme d’une apologie de la soustraction. Ce n’est pas dans l’émotion ou la culture populaire que certains artistes puisent leur langage, mais dans la simplicité des formes géométriques, l’économie de moyens et le choix restreint de couleurs. 

Frank Stella, Point of Pines (1959)
Frank Stella, Point of Pines (1959) © Christie’s

Parmi les nombreux artistes précurseurs du minimalisme, on retrouve les éminents Frank Stella, Donald Judd, Carl André et Richard Serra, mais aussi des femmes comme Carmen Herrera, Jo Baer ou Vera Molnàr

La question de de la répétition

À la même période et toujours aux Etats-Unis, le minimalisme est aussi très présent dans la musique. En effet, certains artistes, musiciens et compositeurs sont allés expérimenter cette simplification en travaillant sur le son, le déphasage ou la répétition. Ainsi, on découvre un nouveau genre musical appelé musique minimaliste ou musique répétitive. L’œuvre considérée comme fondatrice de la musique minimaliste est In C composée en 1964 par Terry Riley, l’un des pionniers du courant. Une expérience musicale hypnotique, libre, dépouillée à l’instar des morceaux de ces pairs Steve Reich, Philipp Glass ou La Monte Young, qui en sont les principaux représentants.

N’oublions pas de citer également Joanna Brouk, Pauline Oliveros et Annea Lockwood, restées dans l’ombre pendant trop longtemps comme beaucoup de femmes artistes.

La confection et le style

La mode n’échappe pas au minimalisme, dont elle porte fièrement ses concepts à travers un style épuré et simplifié. Cette tendance apparait plutôt dans les années 80 grâce aux créateurs japonais comme Rei Kawakubo ou Issey Miake. En effet, ils placent au devant de la scène le choix de matières luxueuses et de coupes impeccables. Aller à l’essentiel tout en gardant une certaine neutralité, voilà un style qui contraste fortement avec les tendances bariolées de l’époque.

On assiste à la déferlante du « no logo » et de l’antifashion. Une gamme de couleurs réduite au gris, noir, beige et blanc se décline dans des modèles où la soustraction est de mise : moins de coutures, moins de matières… On élimine toute trace de superflu. 
 

Si cette mode a atteint son apogée dans les années 90 avec des créateurs comme Calvin Klein, Helmut Lang et Jil Sander « The Queen of less », son influence règne encore sur les catwalks de la dernière Fashion Week.

Un graphisme épuré

Les créateurs du numérique et d’internet se sont emparés de l’esthétique minimaliste pour optimiser l’expérience de leurs utilisateurs. Depuis quelques années, on la retrouve surtout dans le web design. En effet, fini le temps des sites en flash avec des animations et du texte dans tous les sens. On voit de plus en plus de sites simplifiés, des templates épurés, des fonds blanc et des polices de caractère fines et sans serif. L’idée est de proposer une navigation simple et intuitive dans un univers sobre et élégant. Le but étant d’aller à l’essentiel et de réduire ce qui peut gêner la lisibilité du site. 

Résultat, le minimalisme n’est pas seulement une tendance, mais une révolution graphique qui semble s’installer partout et dans le temps. Il est quasi omniprésent sur les applications et autres outils de création en ligne tels que Canva, Unfold et Mojo.

Un mode de vie

Si le minimalisme est plutôt généralement associé à des formes esthétiques et conceptuelles, il est aussi devenu un mode de vie. Le désencombrement matériel, la limitation aux besoins essentiels et la “simplicité volontaire” en sont les lignes directrices. En tant que consommateur, chacun prend aujourd’hui conscience de l’impact de ses choix. Sur internet, on trouve beaucoup de conseils pour adopter des comportements minimalistes, comme faire le tri, acheter moins mais mieux, garder l’essentiel, revendre, donner, se limiter. Toutes ces actions ont pour but de nous faire parvenir à un sentiment de mieux-être et ainsi développer notre épanouissement personnel. 

Cotton sack with sweet apricots placed on table with textbooks
Choisir soigneusement au lieu d’accumuler sans fin, le mode de vie minimaliste. © Karolina Grabowska

Dans un monde où presque tout est accessible par le bais de nos écrans et de nos smartphones, nous sommes constamment sollicités. Certains saturent et optent alors pour le minimalisme numérique.

La purification digitale

On compte de plus en plus d’utilisateurs de smartphones, d’internet et des réseaux sociaux. Le numérique a pris une très grande place dans notre vie, à tel point qu’il est possible d’en devenir accro, malade, voire même d’en mourir. La vie digitale a une emprise sur la vie tout court. Certains scientifiques affirment que les appareils électroniques altèrent nos émotions, nos relations et notre santé. À force de dépasser certaines limites, notre corps peut nous envoyer des messages indiquant qu’il faut restreindre certaines utilisations. On en vient alors au minimalisme numérique, appelée aussi detox digitale. 

Une detox numérique s'impose
Une detox numérique s’impose parfois © Andrea Piacquadio

Cette “purification” semblerait être un moyen de retrouver une certaine sérénité et un contrôle de sa vie. Le temps passé à surfer sur le net et les applications peut être consacré à s’occuper de soi, par exemple. La tendance est à la déconnexion, au bien-être et au retour à la Nature.

Le minimalisme positif

Des toiles Black Paintings de Frank Stella jusqu’à la toile mondiale de Tim Berners-Lee (inventeur du World Wide Web), le minimalisme influence notre façon de percevoir le monde. Parti d’un positionnement artistique, il est aujourd’hui devenu un mode de vie. La démesure est caractéristique de nos sociétés contemporaines et, finalement, le minimalisme dessine une ligne de conduite plutôt positive. La soustraction, la simplification, la limitation et l’économie pourraient-elle devenir les nouvelles normes ?

 

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