Le Manga et la série Netflix La Cantine de Minuit est un petit bijou d’humanité autour de la cuisine et du repas partagé. Off line (le Manga) ou on line (la série) : Tous au restaurant, même confinés !

La Cantine de Minuit

La Cantine de Minuit est un manga de Yarô Abe (1963-) dont le premier tome a été édité en 2006 au Japon. Son titre est le nom d’un petit restaurant typique du quartier de Shinjuku à Tokyo, ouvert 7/7 jours, de minuit à 7h du matin.

Le décor est celui d’une authentique gargote japonaise, très chaleureux en même temps que d’une grande sobriété. Entre autres, prédominance du bois, porte à panneau coulissant et kakemono qui « protège » de l’extérieur. Tout le monde s’attable autour du comptoir central derrière lequel se tient le patron (Le « Master ») qui cuisine à vue. Sa carte ne propose qu’un seul plat (Le tonjiru, soupe de miso au porc) mais, si vous le lui demandez et s’il en possède les ingrédients, le patron peut vous préparer tout ce que vous désirez.

Sa clientèle est composée de noctambules, habitués ou oiseaux de nuit de passage, dont le chef nous conte l’histoire au fil des pages, chacune liée à un met particulier. Ainsi chaque chapitre du manga (comme chaque épisode de la série) est construit sur – une nuit – une recette – une histoire de vie. 

Chronique sociale

« Derrière ces tranches de vie, l’auteur laisse transparaitre un message de tolérance et une certaine critique de la société moderne » Anne Claire Norot, Les Inrockuptibles.

La Cantine de Minuit est bien-sûr un voyage culinaire. Nous y découvrons la cuisine japonaise, plutôt traditionnelle ici, très loin de se résumer comme nous le croyons aux sushis, makis et autres yakitori.

Mais surtout, de chapitre en chapitre, c’est toute une petite société qui se dessine.
Au travers de portraits croisés drôles, émouvants et immensément humains, se dévoile un Japon à la fois âpre et doux. Loin des clichés, nous en découvrons des aspects à la fois méconnus, loin de notre culture occidentale, et pourtant familiers, en ce qu’ils touchent à des sentiments tout à fait universels.

Sous le trait fin, dépouillé et poétique du dessinateur nous rencontrons une foule bigarrée de personnages tels un DJ, une chauffeure de taxi, un acteur de porno, des salarymen, une infirmière, des retraités, un grand patron… Ryû le yakuza aime les saucisses rouges en forme de pieuvre. La ronde Mayumi est désespérée par des régimes à répétition. Marylin la stripteaseuse a des goûts culinaires qui varient en fonction des hommes dont elle est amoureuse. Miyuki la chanteuse d’Anka (musique populaire et sentimentale) donnera un petit concert improvisé.

Tous à leur manière, ils nous permettent de mieux comprendre une société stricte, exigeante et disciplinée. Laissant peu de place aux individus, elle est régie par des règles et des codes éloignés des nôtres par bien des aspects. Néanmoins, nous partageons avec eux les joies et les peines des rapports amoureux, familiaux, au travail… Et finalement tout ces petits traits relatifs à notre humanité dans ce qu’elle a de plus attachant. 

Dramas culinaires

L’adaptation cinématographique en série (Midnigth diner, Tokyo stories sur Netflix), en 2009, est tout à fait réussie et fidèle au manga d’origine. Et même si elle n’apporte rien fondamentalement au contenu pour nous qui avons lu le Manga, nous sommes heureux de pouvoir entrer dans un « vrai » restaurant avec de « vrais » acteurs.

La série s’inscrit dans un mouvement très marqué au Japon, celle du Gourmet drama, nouveau genre hybride.  Ces « dramas culinaires » sont à la croisée du manga, de la fiction et du documentaire. Ils mettent en scène, dans d’authentiques restaurants, des expériences gustatives dans des univers très « made in Japan » : oniriques, contemplatifs, drôles ou mélancoliques. Le Japon possède une forte tradition culinaire, le nombre de chefs triplement étoilés a dépassé celui de la France. Ces dramas culinaires ont en commun d’en célébrer la quintessence : l’équilibre parfait entre simplicité, sensualité, raffinement et naturalité (et absolue fraicheur). 

On y va !

Littéralement. Le manga, comme la série, réussit ce tour de force de nous immerger vraiment. Oui nous « y allons », comme l’un de ses habitués, quand on a envie de faire une pause, de « voir » des amis, faire de nouvelle rencontres, quand on a « un petit creux » affectif, pour retrouver l’ambiance de ce cocon réconfortant et joyeux. La Cantine de Minuit est un lieu où l’on se retrouve, dans tous les sens du terme.

On y va aussi… aux fourneaux ! Car, cerise sur le gâteau, La Cantine de Minuit, Le livre de cuisine est sorti. On y retrouve de nombreuses recettes de la série, comme les fameuses Wiener rouge (les saucisses rouges en forme de pieuvre) et les ingrédients ne sont pas difficiles à trouver.

Enfin, depuis ce mois de mars 2020 et en ces temps-ci, toujours peu propices à la fréquentation de vrais bars et restaurants qui nous sont confisqués, voilà un restaurant toujours ouvert où l’on va quand on veut, même après le couvre-feu, et sans masque. 

Un régal !

On débranche
“La Cantine de Minuit” – 7 tomes. Par Yarô Abe. + La Cantine de Minuit, Le livre de cuisine. Yarô Abe & Nami Iijima. Pour l’édition française : Traduction Miyako Slocombe – Le Lézard Noir.

Autre mangas de Yarô Abe :
“Maladroit de naissance”, il y raconte son enfance, entre son envie de dessiner, ses inaptitudes physiques et son père facétieux.
“Mimikaki”, où il est question de jouissance… par les oreilles.

On rebranche
Parmi les programmes gastronomiques de Netflix, docus, concours ou fictions : “Chef’s Table”, “The final Table”, “Tout le monde à table”, “The Big Family Cooking Showdown”… “Kantaro the sweet tooth salaryman”, “Samouraï Gourmet”, “À pleine Dents” (avec Gérard Depardieu).

Quand aux films, Netflix ou (surtout) pas… Il faudrait leur consacrer un article entier…

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