Qui est-il ? Que fait-il ? Sort-il parfois de sa tanière ? Je suis allée à la rencontre de Vincent, testeur de jeux-vidéo chez TestronicLabs.
Véritable métier, il ne s’agit pas là de passer son temps à s’amuser, mais de rester constamment attentif à la moindre erreur : c’est ce qu’on appelle plus couramment «l’assurance qualité ».

Rêve de nolife ou cauchemar vidéoludique ? Je vous invite à découvrir le parcours, mais aussi le ressenti de notre testeur dans cette interview.

Parle-moi de ton parcours, comment en es-tu arrivé au métier de testeur de jeux-vidéo ?

J’ai fait une licence de langues étrangères appliquées anglais-italien, puis un master en traduction et terminologie juridiques et financières. Ensuite, j’ai fait un stage en tant qu’interprète dans une école de haute couture. Après j’ai fait un an où j’ai essayé de me lancer en tant que freelance, sans succès, puis j’ai cherché du boulot à l’étranger. Je suis passé par le site Europeanlanguagejob et c’est comme ça que j’ai trouvé ce job.

Pour qui travailles-tu ?

TestronicLabs à Varsovie, c’est plutôt une grosse boîte. Witcher 3 a été testé par eux, ainsi que les nouveaux Tomb Raider ou encore Hitman. On bosse également pour les studios qui font Angry Birds donc beaucoup de jeux mobile passent par là.

Parle-nous de ton métier, que fais-tu exactement ?

Je m’occupe de l’assurance qualité. C’est divisé en deux branches séparées : les testeurs fonctionnels qui testent si le jeu marche (les bugs marrants qu’on voit sur Youtube) et les testeurs linguistiques. Il faut que le texte et les voix du jeu soient corrects pour le public français et bien implémentés. Erreur courante : un personnage qui change de pronom en cours de route.
Le plus technique est de reporter les bugs : une fois que tout le monde constate le même bug on doit remplir un formulaire à envoyer au client en détaillant tout.

Pas trop répétitif ?

Pas vraiment, nous sommes assez sous pression : nous jonglons entre beaucoup de fichiers à traiter. Ce n’est pas robotique, ça demande de réfléchir et d’organiser ce qu’on fait pour être efficace. Ca reste stimulant. J’ai moins l’impression d’être un robot qui coche des cases qu’un gars qui jongle avec des assiettes en feu. Pendant un an j’ai été sur le projet Avengers, mais entre les gros projets on peut tester plusieurs jeux dans la semaine.

Quelles sont les compétences et qualités requises ?

Pas mal de sens de l’organisation, j’ai fait toute ma fac sans prendre de notes et j’ai dû apprendre à le faire là. Il faut garder le sens des priorités, mais aussi savoir anticiper sur ce qui va venir.

Et les clauses de confidentialité, pas trop embêtant ?

Ca peut varier selon le projet. Je n’ai pas le droit de parler d’un jeu si je ne suis pas crédité dedans et s’il n’est pas encore sorti. Là avec Avengers nous ne travaillions même pas dans la même salle que nos autres collègues et nous ne pouvions pas leur en parler !

Le confinement, galère ou pas ?

Logistiquement, ouais, galère. Ils nous ont fait livrer les consoles chez nous, j’avais tout le matos du boulot dans ma chambre de 10m². Ma propriétaire ne pouvait plus rentrer dans ma chambre si je n’étais pas là, et techniquement tout devait être séparé physiquement (dans une pièce séparée) de mon téléphone et de mon ordinateur personnel pour que rien ne fuite. Quand je travaillais sur Avengers j’ai dû utiliser des mots codés en parlant des personnages avec mes collègues pour que mes colocataires ne comprennent pas ce que je faisais. Thor devenait donc « C2 » et Iron man « C1 », galère pour s’y retrouver !

Vincent retourne en France à la fin du mois, c’est la fin d’une aventure, mais le début d’une nouvelle. En route pour les studios français ?